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25 Mai, le jour où j’ai quitté mon pays

25 mai 2020

Le 25 Mai 2014, je faisais le voyage le plus important de ma vie. Un voyage sans retour vers une vie différente, vers un rêve qui devenait réalité. Un pas de géant pour moi, peut-être insignifiant pour d’autres. 

Le 25 Mai 2014, jour de la Sainte Sophie (et jour de la Fête des Mères), je décollais pour Londres. Et là, débutait ma nouvelle vie. Une vie d’expatriée qui à ce jour, est toujours d’actualité. Depuis ce jour de 2014, il s’en est passées des choses.

Je ne compte pas vous raconter comment j’ai franchi le pas, car c’est déjà fait au tout début de ce blog.

Mais, quel est mon bilan après 6 ans ? 

Alors, je tiens tout de même à préciser que je n’ai pas quitté la France parce que je m’y sentais mal ou que j’en avais une mauvais opinion. J’ai toujours aimé mon pays et je l’aimerai toujours. Mais, comme vous le verrez, ma vie était ailleurs. 

Aller, trêve de blabla, voyons voir ce qui me manque, ce qui au contraire ne me manque pas et le négatif / positif de mon expatriation.

Les points négatifs et ce qui me manque

Mon expérience est un peu biaisée car mon expatriation ne concerne pas uniquement le Royaume-Uni. Pendant ces 6 ans, j’ai vécu 2 ans et demi au Costa Rica et là, tout a été très différent. Mais, je vais essayer de garder un oeil général, dans la mesure du possible.

Serait-ce cliché, pour une Française de dire que ce qui manque le plus, c’est la cuisine ? Oui, n’est-ce pas ? 

Alors oui, c’est vrai. Même si aujourd’hui, on peut trouver de tout, partout, il y a certains produits qui sont plus difficilement trouvables et surtout à des prix convenables. Là, pour le coup, je pourrai faire un article complet sur  ce sujet en parlant du Costa Rica. Mais restons dans le GENERAL, j’ai dit !

Bien sûr, une bonne baguette croustillante mais pas trop cuite, un croissant doré qui sent bon le beurre, un Saint Marcellin dégoulinant, un petit Bourgogne à la robe rubis, cela manque ! Mais pour être très honnête, des alternatives peuvent être trouvées. Si les non-Français arrivent à vivre sans, pourquoi n’y arriverions-nous pas ? En fait, je crois qu’il s’agit plus de nostalgie, comme une Madeleine de Proust. L’odeur de la baguette fraîche, va nous transporter vers ce dimanche matin où il faisait un peu frais, mais où on pressait le pas pour déguster ces délicieuses tartines de beurre et confiture en famille. Ce petit Mercurey que l’on a dégusté devant la cheminée, alors qu’il neigeait dehors (d’ailleurs, on en parle de la neige ?)

En fait, je me suis rendue compte que ce qui me manquait parfois, c’était des choses que je ne mangeais jamais quand j’étais en France ! Des Petits Ecoliers, des Dragibus, du sirop de grenadine, des crackers Belin etc. 

C’est clairement la nostalgie de certains moments passés. C’est d’ailleurs, un autre point important. Lorsque l’on change de pays, on perd tout ses repères. Les racines sont comme sectionnées. Au début, c’est l’excitation de la nouveauté et la découverte de nouveaux horizons. Mais plus le temps passe, et plus on se rend compte que l’on a besoin de partager certaines émotions ou certains souvenirs. A l’étranger, les traditions, la culture, les habitudes peuvent être différents et à part avec un autre expatrié, avec qui va t-on pouvoir parler de ces après midis devant le Club Dorothée ? Honnêtement, cela peut sembler futile, mais peut mener à des moments de grande solitude.

Nous voici glisser vers un autre sujet, la langue. Même si au fil des années, la maîtrise de la langue se fait meilleure, il sera toujours difficile d’exprimer exactement nos sentiments, nos idées, nos émotions dans une langue qui n’est pas la nôtre. Et que dire de l’humour ? Quand tu as une blague qui te semble démente, mais qui n’aura aucun sens dans l’autre langue…bin tu te la racontes à toi-même… et bonjour la frustration. Et là, tu te dis que tes amis te manquent ! Parlons-en des amis. Alors que toi, tu es parti vivre à des centaines, voire des milliers de kilomètres, pour eux, la vie continue. Ce n’est pas parce que tu es parti, qu’ils vont arrêter de vivre. Et les réseaux sociaux le prouvent. Les photos de soirées s’enchaînent, les pic-niques dans les parcs, les apéros… et il manque toujours quelqu’un sur les photos, toi. Et là, la question te traverse l’esprit: M’ont-ils oubliée ? 

L’expatriation, c’est la sortie de sa zone de confort, c’est se mettre dans des situations de challenges pour son esprit. C’est penser différemment, c’est appréhender la vie d’une autre manière et d’un autre point de vue. C’est aussi se confronter à des difficultés auxquelles on n’aurait jamais pensées et des sentiments jamais éprouvés auparavant. 

D’un point de vue plus terre à terre, plein de choses me manquent… pêle-mêle:

– Des loyers à prix normaux… 

– Des transports à prix normaux

– Les constructions à la française, c’est à dire avec des fenêtres isolantes et des volets

– Des grandes enseignes à bas prix, type Gifi, Action, Centrakor, Gémo, La Halle etc.

– Ma voiture, et faire des kilomètres en m’égosillant sur des titres pas à la mode

– Les montagnes et la neige

– La qualité de la médecine et la Sécurité Sociale Française

– Les saisons, quand j’étais au Costa Rica

Mais bien sûr, le plus difficile est l’éloignement avec la famille. Bien qu’aujourd’hui nous avons la chance de pouvoir communiquer presque gratuitement tous les jours, il est difficile de ne pas être aux côtés des gens que l’on aime. Etre absente pour des évènements heureux ou tragiques est difficile à vivre. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont faite revenir du Costa Rica. Ne voir ma petite nièce grandir et évoluer qu’à travers un écran est un crève-coeur. Ma petite Camden me manque aussi, mais je suis contente de l’avoir laissée et de la savoir heureuse.

Les points positifs et ce qui ne me manque pas

Il est évident que si, 6 ans après, je ne suis toujours pas rentrée, c’est que les points positifs sont plus importants que les autres. 

Je ne ressens aucun regret à être partie et comme je le disais plus haut, ma place était ailleurs. En France, j’ai vécu à de nombreux endroits: Saint-Denis, Franclens, le Bourget du Lac, Lyon, Les Avenières. En fait, j’ai toujours été une déracinée. Mais c’est à Londres que je me sens chez moi. Ce qui est curieux, car je n’ai pas d’Histoire familiale avec cet endroit, je n’y ai aucune attache sentimentale. Mais, cela ne s’explique pas, mon coeur appartient à Londres. 

Et qu’est-ce que j’aime ici ?

Je crois que lorsque l’on pose la question à n’importe quel étranger, c’est l’ouverture d’esprit qui arrive en premier. Il est facile de penser qu’un peuple insulaire soit “fermé” et bien, c’est tout le contraire. D’ailleurs, je me demande si la célèbre marque au M doré, n’aurait pas piqué son slogan “Venez comme vous êtes” à ce pays. 

Alors que le jugement semble être un sport national en France, ce n’est pas le cas ici. Je ne veux pas faire de généralités et vais parler d’un ressenti global. L’image que l’on peut avoir des Anglais est soit celle d’un punk excentrique ou celle d’un gentleman moustachu, portant un chapeau melon et collé à l’étiquette aristo. Et c’est vrai, tout ce beau petit monde forme un melting-pot culturel, esthétique et surtout cosmopolite. Parce que oui, ce que j’aime ici, c’est ce mélange de cultures. Entendre parler Urdu, Français, Italien, Espagnol, Arabe, Danois etc. est chose commune et personne n’est jugé pour son niveau d’Anglais ou son accent. 

La pression sociétale et culturelle ne manquent pas non plus. Alors qu’en France, j’avais le sentiment de ne pas être “normale” parce qu’à 30 ans, je n’étais pas mariée et n’avais pas d’enfants, ici, cela ne surprend personne. On se noie dans la masse et on ne nous met pas dans des petites cases étriquées.  

Ce qui m’a beaucoup frappée ici et est aussi quelque chose que j’ai vu au Costa Rica, c’est l’esprit communautaire et l’entraide. Réputés pour être égoïstes et attachés au “chacun pour sa gueule”, les Français méritent leur réputation lorsque l’on compare avec d’autres pays. Attention, je répète…je ne fais pas de généralités. 

J’y avais d’ailleurs consacré un article en 2014 mais, je le confirme encore aujourd’hui. Même dans une grande ville comme Londres, il y aura toujours quelqu’un pour s’arrêter si vous êtes en difficultés ou perdu. Et la situation actuelle est des plus parlantes. Avec l’arrivée du COVID-19, des centaines de groupes d’entraide et de bénévoles se sont mis en place pour aider les plus vulnérables et ce, le plus naturellement possible.

D’ailleurs, cela me fait penser à un thème auquel je n’avais jamais preté attention, avant de partir: l’amour de son pays.

Que ce soit au Costa Rica ou au Royaume-Uni, les gens aiment leur pays et le montrent. Lors d’évènements (hors sportifs), les drapeaux fleurissent, l’hymne national est chanté partout, l’Histoire du pays est saluée. J’ai souvent été bouleversée par l’amour et l’attachement qu’avaient les Anglais ou les Ticos pour leur pays. 

Pourquoi ne sommes-nous pas patriotiques ? Pourquoi n’aimons-nous pas la France ? Pourquoi lorsque l’on met un drapeau français à son balcon, nous sommes taxés de membres du Front National ? C’est une question qui me trotte dans la tête depuis longtemps et à laquelle je n’ai pas de réponse. 

Ce qui ne me manque pas non plus ? le côté râleur et révolutionnaire… tout est sujet à critiques et à rebelion. D’un point de vue maintenant extérieur, j’ai l’impression que rien ne trouve grâce aux yeux des Français et tout est sujet à controverses. Mais ça, même si on le reconnaît bien volontairement, je m’en suis rendu compte encore plus quand je me suis vue moi-même, râler pour un rien… merci le retour de claque culturelle !

Le côté stressé menant parfois à de l’impolitesse ne me manque aaabsolument pas ! Alors que Londres est une ville tentaculaire où la vie va à 100 à l’heure, le stress n’y est pas aussi palpable qu’à paris par exemple. Les gens ne se bousculent pas ou ne s’énervent pas si le métro est en retard pas exemple. J’aime définitivement ce flegme Britannique.

J’aime aussi ce rythme à 100 à l’heure… J’aime le fait que la ville n’ai pas d’heure, que les transports fonctionnent jours et nuits et que les Dimanches soient des jours presque normaux. J’aime le fait que si l’on termine le travail tard, on puisse encore aller faire ses courses ou aller se faire couper les cheveux. Oui, ça ne me manque pas de voir des villes mortes les dimanches et cela me surprend quand certains magasins en France, ferment entre midi et 2.

J’adore le fait que les musées nationaux soient gratuits et soient de ce fait, une sortie familiale comme pourrait l’être un après midi au parc. 

J’aime le fait que je puisse me balader seule, avec mon appareil photo autour du cou, sans craindre de me faire agresser ou voler. 

Il y a un autre point important. Il est confortable de comprendre  la toile administrative de son pays et le fait de la maîtriser, facilite grandement le quotidien. Cependant, OMG que l’imbroglio administratif Français ne me manque pas ! alors qu’il faut un papier pour absolument tout et qu’il faille un premier papier pour obtenir celui-ci est un véritable cauchemar. Pour le coup, je suis bien mieux de ce côté de la Manche. Que ce soit pour l’immigration, pour une entreprise, pour la recherche d’emploi etc. tout est d’une simplicité déconcertante. 

Je pourrai lister des dizaines de choses qui me font préférer ma vie ici mais, ceux qui me connaissent le savent très bien et je sais que je peux parfois être aux antipodes de l’objectivité lorsqu’il s’agit de parler du Royaume-Uni. 

Une chose est sûre, j’ai appris qu’en allant voir ailleurs, on prend du recul sur beaucoup de choses. Ces 6 ans ont été l’expérience la plus enrichissante de ma vie. Le bilan est plus que positif et si on me demande: Penses-tu revenir vivre en France ? Ma réponse est non. Je sais, il ne faut jamais dire jamais et qui sait ce qui peut arriver. Le plus dur dans tout ça, c’est le premier pas. Mais dès qu’il est franchi, il semblerait que l’on puisse déplacer des montagnes. 

Qu’elle aurait été ma vie si en 2014, cette idée ne m’avait pas traversée l’esprit ? J’adore refaire ma vie avec des “si” et remonter le plus loin possible….Est-ce que je serais mariée ? Est-ce que j’aurais eu des enfants ? Quel aurait été mon métier ? Est-ce que j’aurais été heureuse ? 

C’est celle-ci la vraie question… A quel point aurais-je pu être plus heureuse que je ne le suis aujourd’hui ? 

4 Comments

  • Reply Diego 25 mai 2020 at 21 h 34 min

    Ca donne presque envie de te rejoindre à Londres 😂😉. Bisous

    • Reply Sophie 1 juin 2020 at 3 h 23 min

      Je ne peux que te pousser à venir:) Bisous

  • Reply Fanny 25 mai 2020 at 22 h 11 min

    Très intéressant ton article. Merci Sophie. C’est vrai que c’est les trucs qu’on mangeait pas avant qui nous manque quand on est en UK. Moi c’était la Ricoré au lait. Et maintenant, de retour en France, j’ai mon pot dans le placard 🙂.

    • Reply Sophie 1 juin 2020 at 3 h 22 min

      Merci ma Fanny 🙂
      Ah, ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule 😀

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